samedi 20 février 2010

Rechute


Je n’ai pas été franc hier, du moins pas tout à fait. Tout s’est bien déroulé comme ça, mais je suis revenu sur mes pas ensuite, je n’ai pas résisté.

La belle m’a ouvert la porte avec un sourire en coin et ses pommettes ont trahi une gêne intéressée. Elle m’a fait entrer, en a profité pour me mettre la main aux fesses. Ça promettait déjà de ne pas trainer. Elle a voulu que je l’aide à retirer sa robe, j’ai refusé. Ses sourcils et ses yeux ont traduit l’étonnement, je lui ai demandé si on ne pouvait pas boire un verre.

Je n’ai pas fini mon verre que nous étions nus, sur le divan, puis sur le plancher, puis sur la petite table du salon, puis finalement dans son lit. En moins de deux heures, tout était terminé. Elle s’est endormie, je me suis rhabillé et suis parti sans un mot ou un geste tendre, à l’exception d’un baiser léger posé sur son épaule.

Aujourd’hui, je me sens lâche, faible et moche. J’aurais dû rester ou mieux encore : ne pas revenir sur mes pas.

Je suis faible.

Merde que c’était bon.

La difficulté de la constance

Sérieusement est-ce que vous seriez capable? Pas de masturbation, ne pas succomber à la tentation? Moi, j’ai de plus de plus de difficulté. Malgré que j’y arrive encore, il y a des soirs où j’aurais envie de tout foutre en l’air. Exit les belles résolutions, je ne vais pas vieillir en état de manque continuel!

Le manque, tout le monde connait. Le manque viscéral, c’est une autre paire de manches. Quand je me surprends à tenter de voir un sein entre deux boutons d’une blouse un peu lâche, quand je regarde mon interlocutrice au niveau de la poitrine au lieu des yeux, je vois bien que je ne vais pas m’en sortir. Il est là le problème : je suis irrécupérable. Si je plonge de nouveau, j’y irai à fond, totalement, sans possibilité de me contenir.

Ce soir, j’avais besoin d’en parler. Nous sommes vendredi soir, alors presque tout le monde sort, se fait beau et part à l’aventure, moi je ne pouvais pas. J’ai appelé une amie, une des rares qu’il me reste malgré que nous ayons couché ensemble il y a longtemps. Elle ne pouvait pas, elle non plus, elle sortait. J’ai insisté, rien qu’un verre, rien de plus, dix minutes de confessions… elle a fini par céder.

Elle m’a ouvert les cheveux collés au visage, le corps couvert par une simple serviette en s’excusant d’être à la bourre. Elle avait un rendez-vous galant et n’était pas encore prête. Je pouvais lui parler durant ses préparations. Ça ne me plaisait pas tout a fait de la voir comme ça, ce n’était rien pour aider ma cause, mais je n’avais personne d’autre vers qui me tourner.

Elle s’est enfermée dans la salle de bain et j’ai dû lui parler derrière la porte. Je l’entendais faire marcher la tuyauterie, déboucher diverses bouteilles, parler drôlement comme une femme qui est en train de se mettre du maquillage en déformant son visage. Puis, j’ai entendu la serviette tomber.

J’ai été tenté de regarder par ce jour entre le cadrage et la porte, mais ai tenu bon. C’est lorsqu’elle est sortie, dans sa petite robe noire, que j’ai faille flancher. Elle s’est tournée, m’a présenté son dos découvert en relevant les cheveux et me demandant de lui remonter la fermeture éclair. La robe était ouverte jusqu’à l’élastique de son string, son dos m’était offert, sa peau nue. Elle ne portait pas de soutien-gorge et la simple vue de son tatouage sur la chute de rein m’a rappelé le souvenir de moi derrière elle, sur un lit, dans une autre vie.

J’ai fait ce qu’on attendait de moi avec difficulté, j’avais envie d’en profiter. C’était injuste, c’était trop difficile, à croire qu’elle n’avait rien entendu de ce que je venais de lui confesser.

Le téléphone a sonné, elle m’a interrompu et s’est empressée de répondre. C’était lui, le chanceux, le salaud, il décommandait. Elle lui a menti, lui a dit que ce n’était pas grave, qu’ils allaient se reprendre, mais j’ai bien vu qu’elle n’était pas près de lui pardonner.

Elle a raccroché et s’est rendu compte que j’étais là. Elle m’a souri, dangereusement.

Trente secondes plus tard, j’étais sur le trottoir, encore plus mal qu’à mon arrivée.

Il ne faut pas faire confiance aux femmes pour nous délivrer de la tentation.

Je ne suis pas plus avancé.

dimanche 7 février 2010

Le stress indu des cafés


Dimanche matin, plus de café! C’est un oubli ridicule pour moi qui y pense toujours. Il a beau être neuf heures du mat, j’ai beau ne pas être rasé ou lavé, j’enfile une paire de jeans, une chemise pas trop dégueu et décide d’aller lire mon journal au café du coin.

Je n’y vais pas souvent parce que mon café est meilleur, plus abordable et surtout : il n’est pas facile de ne pas être tenté de draguer.

C’est un fait sous-estimé : les cafés sont des repaires de femmes intelligentes et distinguées.

Le café du coin ne fait pas exception.

Je suis donc arrivé mon journal sous le bras, me suis installé devant la vitrine, afin de ne pas regarder vers l’intérieur et ai fait signe à la serveuse. Première erreur, je lui ai regardé les fesses après qu’elle ait pris ma commande. Regardé avec insistance. Une femme m’a vu et est partie à rire. Je lui ai souri d’une moue embêtée et suis retourné à mes badauds qui passaient sur le trottoir. Je n’ai même pas pris la peine de me retourner lorsque la serveuse est revenue, je l’ai remerciée sans croiser son regard.

J’en oubliais mon journal, qui pourtant m’offrait la possibilité d’une belle évasion. J’y ai plongé tête baissée.

Une minute plus tard, peut-être deux, pas beaucoup plus, la femme qui m’avait vu regarder les fesses de la serveuse est venue s’asseoir sur la chaise à côté de moi, à ma table. « Allez vous regarder les miennes? » qu’elle m’a demandé, le plus sérieusement du monde. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que j’avais la berlue et lui ai demandé pardon. « J’ai trouvé drôle que vous ne vous cachiez pas davantage pour assouvir votre imagination, je tenais à vous le dire ». Et c’était tout. Elle s’est relevé et lentement, très lentement est retournée à sa place.

J’ai trouvé qu’elle dandinait exagérément ses fesses.

lundi 1 février 2010

Le mal originel


J’ai eu si peur que les femmes ne m’aiment pas que je me suis promis de devenir le plus grand séducteur qu’il m’était possible d’imaginer. Un homme viril, mais tendre, attentionné, bon cuisinier, beau parleur, détendu et surtout, bon amant.

Devenir un bon amant est chose relativement aisée et tient à très peu de choses : l’étude, l’écoute et la physionomie. C’est certain qu’il y a des physiques ingrats qui limitent les capacités (qu’il faut alors suppléer par l’imagination). Côté étude, il s’agit d’un savant dosage de littérature érotique, de pornographie, de poésie et de livres de sexologie. Finalement, l’écoute. L’écoute active consiste à entendre et interpréter les gémissements qui sont toujours un bon indicateur de l’appréciation du sujet sous les mains, indispensable lors des premières rencontres.

Devenu un bon amant, je me suis arrangé pour que le mot se passe et que bientôt il ne me suffise que d’être moi pour ne pas rentrer seul. Encore là, je n’étais pas convaincu que les femmes m’aimaient, je me suis donc fait aimer. L’amour est venu et moi je l’ai chassé pour l’amour d’une autre, puis d’une autre, jusqu’à ce que ça devienne maladif. Toujours plus belles, toujours plus brillantes et surtout, toujours meilleures maitresses.

Mais ça ne suffisait pas, en fait elles ne suffisaient pas, j’ai développé en conséquence une dépendance envers la pornographie. J’en ai consommé à outrance. Je me masturbais quelques fois par jour en plus de mes activités conjugales. J’étais assoiffé de sexe.

Finalement, la porno a pris le dessus sur moi et je suis devenu obsédé. Ma sexualité quotidienne s’est dégradée jusqu’au point où elle n’a plus voulu de moi.

Le pire c’est que je ne pensais même pas avoir un problème à ce moment-là!

Maintenant que j’ai un problème, puisque je le sais, je tente d’être abstinent. Je me suis défini l’abstinence pour les besoins de la cause.

Abstinence : ne pas me masturber, ne pas baiser des inconnues, ne pas tenter de faire l’un ou l’autre et/ou de me leurrer en me disant que s’il n’y a pas de jouissance je respecte ma résolution, ne pas consommer de pornographie, ne pas tenter de rentrer en relation simplement parce que je suis en manque, ne pas être voyeur, ne pas lire de littérature érotique et enfin, fermer les yeux lorsqu’il y a exploitation d’érotisme dans un film.


Rien de moins.

Voilà mon chemin de croix.

dimanche 24 janvier 2010

J’admets que je suis impuissant face à la tentation – que ma vie est devenue ingérable

Samedi soir, je suis seul. Je n’ai pas envie d’être seul. Mon carnet d’adresses est trop maigre. Malgré mes efforts des deux derniers jours, je n’arrive pas à trouver de la compagnie. De la compagnie féminine, j’entends. Je l’avoue, j’ai envie de tirer un coup. Désolé si je suis cru, si je ne fais pas dans la dentelle, mais si j’écrivais « j’aimerais passer une soirée agréable avec une femme, prendre un verre, l’écouter parler, peut-être raconter deux ou trois trucs, manger un morceau et que sais-je encore », je serais hypocrite et ça me coûterait trop cher pour ce que je veux vraiment : baiser.

Je viens de passer deux jours à chercher, à envoyer des courriels à toutes les femmes de mon passé. Mes anciennes maîtresses, mes amantes et même quelques conjointes avec qui j’ai gardé une bonne relation. Peut-être que j’ai été trop direct dans mes demandes, peut-être que j’aurais dû faire miroiter le verre ou le repas, mais j’ai choisi l’honnêteté. Résultat : je suis seul.

Je suis cruellement en manque de cul et veux en finir (déjà) avec l’abstinence. Encore une fois, je fais fi ronds de jambe. Mes derniers mois en couple ont été particulièrement secs en matière de sexe. Y’en a marre de la masturbation et du voyeurisme. Je suis à bout, contempler mes voisines se déshabiller devant leurs fenêtres ne me satisfait pas et je ne suis pas rendu assez bas pour me masturber en les regardant.

Deux jours de recherches et de perches tendues pour ce résultat : une seule femme m’a répondu. J’en arrive au titre de ce billet. Parait-il, il faut commencer par en arriver à cette conclusion pour pouvoir s’en sortir. Personnellement, je ne croyais pas avoir un problème jusqu’à ce que cette femme m’envoie pour toute réponse un lien vers ce site (www.sa.org).

Je me suis testé, et voilà mes réponses.

1. Avez-vous déjà pensé que vous aviez besoin d’aide pour vos comportements ou pensées sexuels?

Une facile : non, du moins pas avant de répondre à ce questionnaire.

2. Avez-vous déjà pensé que vous seriez mieux si vous cessiez de céder à la tentation?

Céder? Non, elles cèdent, moi je convaincs… quoi qu’il me soit arrivé de ne pas savoir dire non à une aventure. C’est généralement lorsque je suis en couple que ça m’arrive.

3. Avez-vous déjà pensé que le sexe ou les stimuli vous contrôlent?

Quoi? C’est un problème? Bien sûr que le sexe me contrôle! Comme il contrôle la société tout entière! Non? Ce n’est pas le cas? Alors pourquoi toute cette publicité exploitant la sexualité? Pourquoi les jeunes femmes s’offrent si facilement? Pourquoi un bel homme ou une belle femme a plus de chance de réussir dans notre société?

4. Avez-vous déjà essayé d’arrêter ou de limiter certains comportements sexuels qui vous semblaient incorrects?

Oui, la masturbation. Oui, la consommation de matériel pornographique. Oui, l’infidélité. Oui, la drague aveugle (Dieu que j’en ai baisé des moches!). Oui, le voyeurisme.

5. Avez-vous recourt au sexe pour vous échapper, pour soulager votre anxiété ou parce que vous ne pouvez faire face à la musique?

Oui, c’est relaxant, c’est peu cher et ça change les idées.

6. Ressentez-vous de la culpabilité, des remords ou vous sentez vous déprimé après coup?

C’est certain que certaines aventures laissent un goût amer dans la bouche, mais pas toutes. Je me suis senti moche, quelquefois, alors que je remettais mes pantalons alors qu’elles dormaient encore, quittant sans laisser de numéro de téléphone, aussi lorsque je rentrais chez moi, retrouver une conjointe qui s’était endormie en m’attendant et pour laquelle j’inventais n’importe quoi pour l’épargner (et éviter une scène).

7. Est-ce que votre recherche de sexualité est devenue plus compulsive?

Elle n’a jamais cessé de l’être. J’ai envie, je veux. C’est aussi simple que ça.

8. Est-ce que votre sexualité fait obstacle à vos relations avec votre conjointe?

Toujours. Si les premiers mois se passent bien, elles déchantent lorsqu’elles s’aperçoivent que je veux continuer à le faire tout le temps, plusieurs fois par jour, n’importe où. Elles finissent toujours par se lasser et le désir meurt d’avoir été trop sollicité.

9. Avez-vous recourt à des images ou souvenirs durant vos relations sexuelles?

Quelques fois, avec quelques femmes qui, je l’avoue, n’étaient dans mon lit que pour combler mon besoin immédiat, j’ai fait appel à des images pour garder la forme. Je me masturbe toujours devant de la pornographie. Il m’arrive de faire appel aux fantasmes lors d’une fellation peu réussie ou à imaginer quelques scènes torrides pour me permettre une seconde érection.

10. Ressentez-vous une impulsion irrésistible lorsque les premiers pas sont faits par l’autre ou lorsque du sexe vous est offert?

Bien sûr! Pourquoi m’en priver? À sexe offert on ne regarde pas la mariée!

11. Avez-vous l’habitude de passer d’une relation ou d’une maîtresse à l’autre?

Toujours, enfin presque. Pas cette fois-ci, mais normalement oui, depuis près de 20 ans, à une exception près.

12. Sentez-vous que la « bonne relation » vous aiderait à cesser de convoiter, de vous masturber ou d’être immoral?
La bonne relation, pour moi, est sexuelle avant tout. Si le sexe est bon, fréquent, complètement déjanté, alors oui, je me masturbe moins et je n’ai pas envie d’aller chercher ce qui me manque ailleurs, mais ça ne veut pas pour autant dire que je serais moins sexué.

13. Avez-vous un besoin destructeur, sexuel ou émotionnel désespéré d’être avec quelqu’un?
L’émotionnel, je n’en parle qu’à mon psy. Pour ce qui est destructeur, toutes m’ont dit que oui. Sexuel? Toujours, plusieurs à la fois quand j’en ai l’occasion. Bref, oui, sans doute.

14. Est-ce que votre recherche de sexualité vous fait manquer de considération envers vous-même, envers le bien-être de votre famille ou des autres?
Est-ce que ça finit bientôt cet interrogatoire? Oui, oui, oui! Contents?

15. Est-ce que votre efficacité ou votre concentration diminue lorsque le sexe devient plus compulsif.

Bien sûr, j’y pense tout le temps. Il m’arrive de ne penser qu’à ça, oubliant aussitôt mon travail ou ce que je faisais au moment où j’y pense. Particulièrement en période active.

16. Vous libérez-vous du travail pour assouvir vos compulsions sexuelles?

Il m’est arrivé de ne pas me rendre à une entrevue. Il m’est arrivé d’arriver en retard et oui, il m’est arrivé de ne pas rentrer au boulot parce que j’avais passé la nuit à baiser. Par contre, si je m’en tiens à la question, non, je ne me suis jamais libéré du boulot pour aller baiser. Je devrais peut-être, l’idée m’a effleuré.

17. Vous tournez-vous vers des milieux particuliers lorsque vous êtes à la recherche de sexualité?

Oui, plus le bar est crade, plus c’est facile. Plus il est tard, plus c’est facile. Ces endroits où les gens vont pour se péter la tête sont des endroits où les proies sont aisées à capturer.

18. Est-ce que vous voulez déguerpir loin de votre partenaire sexuel dès que possible après l’acte?

Tout dépendant de ma partenaire. Avec certaines, je reste, pour recommencer durant la nuit ou au petit matin, pour d’autre oui, dès que je m’aperçois que j’ai vraiment choisi n’importe quoi pour me vider les couilles.

19. Même si votre conjointe est compatible sexuellement avec vous, vous masturbez-vous toujours ou avez-vous des relations sexuelles avec d’autres?

Pour la masturbation, comme je l’ai déjà dit, ça dépend de la fréquence et de la qualité. Mais oui, bien sûr. Pour ce qui est des autres… parfois, dépendamment de la relation. Il m’est arrivé d’être fréquemment infidèle, il m’est arrivé d’être l’homme d’une seule femme (mais j’étais alors plus que comblé).

20. Avez-vous déjà été arrêté pour une offense sexuelle?

Enfin! Non! À la dernière question, je peux répondre non!

Le constat final? Dès que vous avez répondu oui à l’une ou l’autre des questions, vous avez un problème. Donc, j’ai un problème à 18 sur 20. Si j’étais à l’école, je serais heureux de ce résultat. Malheureusement, je ne suis pas à l’école et quelque chose me dit que ce n’est pas pour rien que cette ancienne maîtresse m’a envoyé ce lien.

Je crois que je vais continuer à explorer ce site.

Faute d’explorer quiconque ce soir.

mardi 19 janvier 2010

Abstinence sur le plancher de danse


J’en avais marre de me morfondre chez moi, tentant d’être abstinent, me tenant loin de la télévision, de mon ordinateur et de ma bibliothèque pour ne pas succomber au porno, à l’érotisme, toutes ces choses que je m’interdis. J’ai enfilé une chemise neuve et suis sorti danser.

J’ai cru naïvement que de me défouler, que de dépenser de l’énergie, m’oublier sur un plancher de danse me ferait oublier mon envie, mon désir, ma soif de m’envoyer en l’air. Je l’ai dit : j’étais naïf.

Il y avait trop longtemps que je n’avais pas fait aller mes jambes, j’avais oublié que bien des gens se lancent sous les projecteurs pour draguer, séduire, ne pas être seul ou passer les frustrations du couple en collant la hanche sur celle d’un autre. J’avais aussi oublié (je n’étais pas sorti depuis très, très longtemps) que les femmes se maquillent, s’habillent légèrement et/ou avantageusement pour danser. J’avais oublié la promiscuité, les mains qui se balades, les yeux dans les yeux, les verres qui s’enchaînent et qu’on boit parce qu’on a soif et en oubliant qu’ils sont alcoolisés.

Bref, je ne me souvenais plus de rien. Heureusement pour moi, dès le vestiaire, en voyant les femmes se départir de leur manteau, j’ai compris que je n’étais pas sorti du bois. Il était trop tard pour reculer et puis, franchement, je n’en avais pas envie, mais au moins je l’avais compris. Il me suffisait donc de faire attention, de ne pas succomber à la tentation et d’être courtois.

La courtoisie peut nous sortir de bien des difficultés.

Je me suis donc aventuré parmi les femmes trop légèrement vêtues, les cuisses découvertes, les jambes parfaites, les fesses bien découpées par les robes bien moulantes, les décolletés offerts, les bracelets clinquants et les parfums mélangés. Nous n’étions que quelques hommes, elles étaient légion. Comme d’habitude, les femmes remplissaient le plancher de danse et les hommes les regardaient en sirotant leur bière.

Je ne suis pas un grand danseur, mais j’y mets beaucoup de cœur et de passion, ce qui compense. On me fait de la place pour me laisser me déhancher comme je le veux, on se colle contre moi pour jouer du bassin, on me regarde, me touche, se joint à moi… bref, j’ai un certain succès. Un succès qui ne s’est pas démenti, mais qui a failli me faire perdre mes bonnes résolutions.

Le protocole est toujours le même : un premier verre pour juger de l’ambiance, un second le temps de voir avec qui je pourrai danser une fois lancé et je me lance. Puis, l’alcool aidant, je m’oublie. Qu’importe si j’ai mal au pied, si la musique n’est pas bonne, si les femmes sont belles ou non, ce qui compte, c’est de bouger. Le mouvement d’épaule, le pied qui saute, qui glisse, les regards échangés, la main sur la taille ou dans la main et voilà : je danse. Quelques chansons et un autre verre, rarement seul.

La première heure, je change de partenaire souvent. C’est une espèce de banc d’essai. Dans la seconde, je me concentre sur une ou deux et ensuite met toute mon énergie à créer cette synergie nécessaire pour se lancer dans de grandes chorégraphies improvisées.

Elle était brune, habillée d’une petite robe noire toute simple, elle souriait. C’était un sourire radieux, qui semblait dire « je m’en fous, moi je danse ». Nous avons dansé ensemble, échangé des regards trop appuyés, les mains se sont trop baladées et l’immanquable est arrivé.

J’ai eu une érection sur le plancher de danse.

Deux solutions s’offraient à moi, suivre ce signe qui pointait vers elle et tenter d’en profiter – ce qui ne s’annonçait pas trop difficile – ou m’enfuir.

Je me suis enfui, avec courtoisie.

Le plus difficile a été de voir son air triste. Non, en fait le plus difficile a été de ne pas changer d’idée.

Leçon de cette expérience : danse et abstinence ne font pas bon ménage, malgré la rime, et c’est bien dommage.